Citation 1

"Quand on aime la vie, on ne lit pas. On ne va guère au cinéma non plus d'ailleurs. Quoi qu'on en dise, l'accès à l'univers artistique est plus ou moins réservé à ceux qui en ont un peu marre."

Michel Houellebecq

Citation 2

"Il n'est pas possible que, de gens qui ont besoin de parler et de gens qui ont besoin d'entendre, ne naisse pas un style"

Lopez dans L'espoir, d'André Malraux

Newsletter

Inscription à la newsletter

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Recherche

 
Mercredi 23 août 2006
Il ne pourrait pas aimer une fille trop belle ; il manquerait d’objectivité.
Il ne pourrait pas aimer une fille trop laide ; il manquerait de désir.

Quand il voit une femme laide, assise seule à une table de restaurant, il sent monter les larmes. Il sait que cette femme dormira seule, ce soir et tous les autres soirs de sa vie. Un homme laid, au moins, peut aller voir les putes. Il aura toujours pu économiser un peu d’argent et détiendra donc le pouvoir – sans risque – de s’offrir un vagin. Mais la femme laide est seule, désespérément seule ; elle ne peut pas s’acheter un homme car l’homme – par sa force supérieure, par son potentiel de nuisance physique –, car l’homme lui fait peur ; il est une menace. L’asymétrie dans la force physique explique pourquoi la prostitution hétérosexuelle est un métier de femmes.

Lundi 21 août 2006
Y a pas trop de couleurs dans le ciel de Paris
Y a juste un peu de blanc qui vire sur le gris
Tu marches dans les rues en salissant tes jeans
Tu rentres te soûler à la bière et au gin

C’est l’hiver à Paris
C’est triste comme la mer du nord
C’est l’hiver à Paris
Les gens ont froid dehors

Y a pas trop de gamins dans les parcs de Paris
Y a juste toi qui fumes sur un vieux banc pourri
Tu fumes sans plaisir pour chauffer la machine
Tu tousses à cause du froid et de la nicotine

C’est l’hiver à Paris
C’est triste comme un oiseau mort
C’est l’hiver à Paris
Les gens ont froid dehors

Y a pas trop de chaleur dans les baisers de Paris
Y a juste l’élan d’un mariage à la mairie
Tu embrasses ton mec comme on pioche à la mine
Tu sens avec la nuit l’ennui qui se dessine

C’est l’hiver à Paris
C’est triste comme un vieux qui dort
C’est l’hiver à Paris
Les gens ont froid dehors


Mardi 8 août 2006

Alors c’est parti, je vais me la jouer pistolero. Un peu adolescent rageur. Un peu politiquement correct.

Je pense aux deux milliards d’amendements qui vont être déposés pour empêcher la fusion GDF-Suez. Je me dis que c’est rusé de se battre avec les armes de l’administration, pour mener un combat fondamental pour la société française. Je me dis…

Et puis non, je ne me dis pas ça du tout : je me dis que je n’en ai à peu près rien à battre de cette fusion de merde. On me dit que l’enjeu est énorme ? Peut-être, peut-être… Mais quoi ? N’y a-t-il pas plus urgent ? Plus fondamental ?

Bref, je m’énerve et je hurle comme un jeune loup – comme un jeune agneau plutôt. Je hurle parce que ce matin j’ai vu – comme tous les matins – la même femme sur le même quai de métro. C’est une sans-abri, une clocharde quoi. D’habitude, elle me fait un peu peur et un peu peine. Elle est sans âge, courbée, recourbée. Je n’ai jamais vu son visage.  Mais ce matin elle a toussé ; puis elle a retoussé et retoussé encore – fort, tellement fort qu’on l’entendait même à l’intérieur de la rame, les portes fermées. Elle toussait d’une toux d’agonie alors j’ai eu un peu mal au cœur. J’ai pensé qu’elle allait peut-être mourir ce matin, seule sur un quai de métro. J’ai pensé que peut-être je ne la reverrais pas demain.

Je suis sorti, maudissant intérieurement toute forme d’action politique – vaine, vaine, vaine. J’ai appelé le SAMU social une première fois – occupé –, puis une seconde fois en arrivant au bureau. Après six minutes d’attente, une voix me répond :

     Non Monsieur, le SAMU social ne s’occupe pas des personnes dans le métro. Désolé.

     Mais alors qui va s’en occuper ?

     C’est la SNCF ou la RATP, Monsieur. Il faut les appeler eux…

     Mais qui voulez-vous que j’appelle à la SNCF ou à la RATP ?

     Le mieux, c’est que vous alliez voir directement quelqu’un de la RATP à la station.

     Et le SAMU social ne peut pas se charger de faire ça ?

     Non Monsieur, nous n’intervenons que sur la voix publique.

     Mais si les agents RATP la font sortir du métro…

     Alors cette personne pourra faire appel au SAMU social. Cette personne ou quelqu’un comme vous qui appellera pour elle.

Les armes de l’administration…

Je suis finalement allé à la station Grands Boulevards. J’ai fait la queue avec les touristes. J’ai parlé au gars à la caisse ; il était jeune, gentil, pas encore blasé. Il a fini par céder à mes prières et il a appelé les pompiers. J’ai demandé si ma présence pouvait être utile à quoi que ce soit ; il a répondu que non.

Mercredi 26 juillet 2006
Il y a des bizarreries dans la langue française, qui peuvent conduire à des conversations absurdes.

Exemple avec le verbe "louer" :
Le
locataire - Bonjour, c'est moi qui vous loue l'appartement.
Le
propriétaire - Ah non, je regrette, c'est moi qui vous loue l'appartement.

Autre exemple avec le mot "hôte" * :
L'inviteur - Veuillez vous considérer comme mon hôte.
L'invité - Euh... mais c'est vous qui êtes mon hôte.

Bref, certains mots ont des sens opposés selon leur emploi. Mine de rien, ça m'émeut.

Dans un genre analogue mais pas tout à fait, j'ai toujours cru que les expressions "faire long feu" et "NE PAS faire long feu" avaient le même sens ou du moins des sens très proches ; et ça m'énervait un peu. (Oh, juste un peu, de quoi éclater quelques biscottes à coups de pieds, de temps en temps.) En gros, je pensais que l'on pouvait dire indifféremment : "ça a fait long feu" ou "ça N'a PAS fait long feu" pour exprimer poliment l'idée selon laquelle : "ça a bien merdé dès le départ".

Eh bien en fait, non : ces expressions ont des sens différents. Je me réfère au TLFI.

Faire long feu = Manquer son but
Ne pas faire long feu = Ne pas durer longtemps

Un exemple lié à la sexualité ne sera pas développé ici, mais permettrait d'illustrer parfaitement l'écart de sens existant entre ces deux expressions.



* : A noter, que seul l'hôte qui reçoit a pour féminin "hôtesse", ce qui donnerait entre deux femmes :
L'inviteuSE
- Veuillez vous considérer comme mon hôte.
L'invitéE - Et vous comme mon hôtesse.



Mardi 11 juillet 2006
Le bruit de couloir devient officiel : on va lui décerner le Prix Nobel. Il s'y prépare ; il est revenu pour ça. Oh, il avait bien quelques concurrents, plus ou moins flamboyants. Mais il a eu vite fait de les dépasser ; par certaines phrases subtiles, par certains poèmes bien sentis, il a su éclairer la littérature d'un jour nouveau.

Docile, il a déjà rejoint Stockholm, quelques jours avant la cérémonie - pour s'imprégner. Il y écrit des billets, sobres, purs, définitifs. Ses journées passent.

Le matin qui précède la remise du Prix, une lettre l'attend au comptoir de l'hôtel. Elle émane d'un écrivain jaloux, haineux, sans talent ; elle contient des propos à la hauteur de leur auteur - mais pas besoin de talent pour piquer là où c'est douloureux. Ligne après ligne, le futur Prix Nobel encaisse. Et le futur Prix Nobel souffre. Il souffre mais il se tait - sa plume se tait, elle se tait à jamais.

Il prend un taxi et un coupe-papier. Il sait très bien où aller et il s'est résolu à y aller. Il entre dans la chambre de celui qui aura su briser sa carrière, et lève le bras bien haut.

Dans le journal du soir, on apprend que le Prix Nobel de littérature ne sera pas décerné cette année.
 
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus