Questions fondamentales et désuètes
Se coiffer le matin provoque une vraie réflexion sur le pouvoir.
D'abord on se sent faible et désemparé, face à l'ampleur de la tâche. On se dit que les cheveux, c'est vraiment mal fait. Mais que fait Dieu ? Mais que font les coiffeurs ?
Puis on se décide à partir en campagne et on se met à l'ouvrage. Et là, c'est l'échec : l'exercice du pouvoir se révèle lourd et peu gratifiant. On a beau peigner, brosser, humidifier, rien n'y fait : on reste mal coiffé.
Alors on s'improvise monarque de sa propre chevelure ; on rassemble les pouvoirs en une même main leste qui s'empare avec ferveur d'un pot de gel coiffant. Le regard s'illumine alors, car on est enfin maître de sa pilosité crânienne. On lui dicte sa loi, on la manipule. Passent quelques secondes. On hésite, on recommence, on ne sait pas vraiment quoi faire. Aplatir ? Relever ? Ebouriffer ? Passent quelques minutes. Et pour finir, on abdique : on se retrouve victime de l'usure du pouvoir.
On quitte la salle de bains, plus laid qu'avant d'y entrer, et on se dit que la prochaine fois on ira voter, ne serait-ce que par cruauté vis-à-vis des candidats.