Questions fondamentales et désuètes
Au Parc de la Tête d'Or, à Lyon, on peut se promener.
On erre dans une atmosphère agréablement surannée, au milieu des barbes à papa, des manèges et des tricycles.
Et au détour d'un buisson, on se retrouve face à des girafes ou à des crocodiles. Enfermés derrière une grille, derrière une vitre.
La poésie s'éloigne lorsqu'on s'approche de l'enclos des éléphants. C'est terrible. Les gens s'arrêtent, regardent et rient. Alors on s'arrête, on regarde et on rit. On rit au début mais le rire cesse bien vite. Pourquoi rit-on et pourquoi cesse-t-on de rire ? Parce qu'on observe l'attitude surprenante des éléphants captifs.
Il y a deux éléphants qui font du surplace, qui trépignent sur trois de leurs pattes. Il regardent dans le vide. Et ils balancent la tête de gauche à droite, à un rythme régulier, sans interruption. Et leur trompe se balance de gauche à droite, à un rythme régulier, sans interruption. L'inertie est totale et effrayante.
Au début, on croit à un spectacle de dressage bien rodé, histoire d'amuser les enfants. Mais cela dure trop, cela n'en finit pas de durer. Alors on comprend. On comprend que ces éléphants sont devenus fous. On comprend et on souffre, puis on repart en tournant le dos aux éléphants neurasthéniques.